Archiviste, pour quoi faire ?

Les métiers et techniques d’archivage ont considérablement évolué depuis la seconde moitié du XXe siècle, pour s’adapter aux importantes révolutions dans nos façons de vivre et de penser :

  • Accroissement massif de la production d’informations dans tous les domaines, et développement de leur circulation (de la photocopie au partage sur messageries et réseaux sociaux), à l’instar des modes de transmissions (de la poste aérienne à la fibre optique) et de la mondialisation des échanges des personnes, des idées et des biens économiques.
  • Évolution des supports d’information : encres et papiers industriels, pellicules pour photos et films, bandes magnétiques pour l’image et le son, disquettes informatiques et disques durs, sites Internet et messageries électroniques, stockage et sauvegarde dans des systèmes de bases de données ou des clouds (« nuages » virtuels)…
  • Développement planétaire des usages numériques de ces masses d’information, chez les particuliers et au sein des administrations, entreprises, associations, organisations, les médias, les transports…

Toutes les sources d’information que nous recevons et échangeons font l’histoire jour après jour, et, comme l’art pariétal ou les plus anciens documents de l’Antiquité, sont vouées à devenir des patrimoines documentaires qui témoignent de notre temps et de nos parcours.

Archiviste, quel métier !

Face à cela, l’imagerie fantasque sur les archivistes ou les bibliothécaires coincés dans un grenier, une cave ou un donjon, cernés par des montagnes de grimoires mystérieux écrits dans des langues disparues, ou par un bazar d’objets et dossiers divers en cours de décomposition, de surcroît soucieux de verrouiller l’accès à tout ce savoir, a fait long feu. Aujourd’hui, archiviste c’est être polyvalent et expert : à la fois dans les pratiques de ce métier, en constante transformation, et dans l’action à mener pour sauvegarder le passé et le relier au présent. L’aboutissement étant de pouvoir communiquer documents, connaissances et témoignages afin que toutes ces connaissances ne se perdent, et qu’elles soient exploitées, analysées, voire réutilisées pour les révolutions à venir. Car conserver pour conserver, sans aller au-delà, n’a guère de sens pour un archiviste.

La diversité des pratiques professionnelles de l’archivage répond donc aux nouveaux besoins de conservation et de renouvellement de l’information, consécutifs aux évolutions de la société, des mentalités, des institutions, du monde du travail, et des échanges internationaux :

  • Conception de projets : pour la collecte et le tri d’archives et données documentaires (papier, électroniques/numériques, audiovisuelles, photographiques, etc.), leur sécurité et bonne conservation, leur identification, et leur communication. Avec parfois le recours à des prestations externes : stockage chez un tiers-archiveur, ou conservation mutualisée de données numériques.
  • Gestion réglementée des flux d’informations (en interne et vers l’extérieur), nécessaire à l’organisation et le développement d’administrations, d’entreprises, ou d’établissements soumis au droit public ou privé. Avec une veille régulière sur les innovations technologiques dans ce domaine.
  • Développement de la recherche scientifique, qui amène à côtoyer différents publics : particuliers, généalogistes amateurs ou professionnels, juristes, étudiants et responsables de centres de recherche d’universités et des grandes écoles, journalistes, écrivains et éditeurs, documentaristes et producteurs, qu’ils viennent de France ou de l’étranger.
  • Valorisation culturelle de patrimoines documentaires anciens ou contemporains : mise en œuvre d’expositions (en salle, ou numériques sur Internet), de publications, de rencontres publiques, colloques, conférences, autour/à partir de tout type de fonds et de collection.
  • Sauvegarde et exploitation numérique de patrimoines : opérations ciblées de numérisation de corpus documentaires ne pouvant plus être consultés en l’état (trop abîmés), et utiles au développement de projets culturels et de communication (publications, expositions, consultation en ligne) ; ou pour la reprise selon de nouvelles normes d’inventaires et de catalogues, pour une meilleure diffusion. Ce qui implique recherche de financements et montage de partenariats : car le numérique est coûteux, et on ne peut pas tout numériser non plus…
  • Communication et relations publiques sur les actions d’archivage et de valorisation, accomplies ou projetées : rien de mieux que de faire connaître publiquement son engagement pour la cause des archives auprès des producteurs des documents, de leurs utilisateurs, ou des partenaires de financement. Et les réseaux numériques sont souvent utiles pour partager actualités du métier, innovations techniques ou juridiques, ou perles et raretés que contiennent les collections que nous préservons.
  • Ce qui entraîne l’évaluation, la négociation et le respect de budgets pour le fonctionnement d’activités d’archivage, ou le recrutement et l’encadrement de personnels dédiés.
  • Le tout suivant normes et réglementations légales auxquels nous sommes tous soumis : la gestion et la valorisation d’archives ne se fonde pas uniquement sur la loi Archives, née en 1979 et renouvelée en 2008, mais aussi sur quantité de textes et codes de nature économique, sociale, environnementale, etc.

Bref, les archivistes d’aujourd’hui sont :

Techniciens, historiens, informaticiens, déménageurs, restaurateurs de patrimoine, concepteurs de projets, architectes, pompiers, catalogueurs, éditeurs, commissaires d’exposition, recruteurs et gestionnaires de personnel, juristes, comptables, community manager, ou stockeurs de matériels obsolètes (ordinateurs à disquettes, magnétoscopes, radio-cassettes, minitels, téléphones à cadran, postes à galène et téléviseurs à tube cathodique-avec-image-noir-et-blanc-sans-télécommande, phonographes et tourne-disques, etc.)…

Ils organisent, rassemblent, préservent, rangent, dépoussièrent, classent, inventorient, recherchent, numérisent, éditent…

Ils prennent en charge de A à Z la collecte, la conservation et la valorisation d’archives papier, informatiques, audiovisuelles, iconographiques, de cartes et de plans, de photographies sur papier, négatifs et plaques de verre, de films et du son, des collections de presse, de livres et de brochures, des fonds d’estampes, d’affiches et de tracts, des maquettes, des vêtements, accessoires et objets divers de toutes tailles et tous volumes…

Comme Sherlock Holmes, ils peuvent déchiffrer les écritures anciennes (la paléographie), peuvent retrouver dates et noms de personnes grâce à de patientes recherches et de savants recoupements et vérifications, sont polyglottes, voyageurs…

Bien, alors, maintenant… Qu’est-ce qu’on attend pour recruter des archivistes professionnels ?